„Sens et distance“: essai philosophique sur les textes littéraires et d'imagination Visualiser l'ouvrage

Michel Magnen

Philosophie et linguistique


1.Une technique empiriquement mise en œuvre

L'exemple constamment pris, pour nos mesures de vraisemblance, est celui de „Correspondances“, le poème de Baudelaire -texte commode car presque tous les gens très instruits le connaissent. Au-delà de l'exemple choisi, c'est de toute œuvre d'imagination longuement étudiée dont il est traité. Parmi les questions qui se posent relativement à l'interprétation des textes non scientifiques, une des plus générales est celle de la sûreté du sens que chacun prétend en dégager, de sorte qu'à ce propos il est nécessaire de mettre au point une méthode de détermination du degré de confiance que nous pouvons avoir dans ce domaine. Nous écartons deux vains sophismes: celui d'après lequel l'auteur n'est pour rien dans ce qu'il a dit; celui selon lequel les interprètes contribuent à ce que l'auteur voulait dire. Nous cherchons le sens original, considéré comme une réalité, certes impossible à déterminer absolument, mais repérable au plan de la vraisemblance apparente. Nous étudions toujours ce que l'auteur a voulu consciemment, parce que même si des milliers d'idées lui sont venues involontairement, il a dû voir dans son texte, clairement ou vaguement, synthétiquement ou par morceaux isolés -au fil de maintes réflexions ou songeries- un grand nombre des résultats de ses intentions, elles aussi stables ou fugitives, claires ou rêveuses.

2.Interprétation des textes et distance entre les mots

Pour filtrer les meilleures interprétations des textes d'imagination, nous partons de l'idée que plus il y a de distance entre les mots, davantage la faiblesse de la mémoire empêche de les connecter de la manière la plus vive possible, sauf quand il en existe un rappel explicite.

3.Méthode, vraisemblance et linguistique

Nous mettons au point un calcul fondé sur ce principe, et imitant celui des probabilités. Si la vraisemblance la plus grande est 1/1=1, nous plaçons une quantité, 2 par exemple, au dénominateur, pour telle distance entre les mots à connecter dans une interprétation. Puis, nous repérons d'autres obstacles que la distance, et ainsi nous garnissons le dénominateur des équivalents numériques des risques de mauvaise compréhension, comme dans 1/(1)(2)(2)(2), ce qui fait 1/8 de vraisemblance. De la Partie I à la Partie VII, de section en section, nous explorons de plus en plus de domaines où cette méthode technique s'applique.

4.Livre au format PDF - Essai de philosophie et linguistique

Nous vous proposons de télécharger intégralement l'essai de poétique fondamentale „Sens et distance“ en français, anglais, espagnol, néerlandais ou allemand. Différentes éditions, de plus en plus complètes, du livre, ont été mises au point, et nous vous offrons ici la dernière, dans l'espoir que vous nous aiderez à l'améliorer. Ce traité expose une méthode empirique destinée à évaluer la vraisemblance d'une catégorie d'interprétations visant les textes non scientifiques. Les parties de la monographie ont été déposées légalement aux dates suivantes: 6 décembre 1994; 25 février 2000; 10 mai 2004; 23 janvier 2006; 13 juin 2007; 18 mai 2009; 31 août 2010; 22 juin 2016. Elles sont protégées par le droit d'auteur, et, plus généralement, les droits afférents en sont réservés. C'est donc l'essai, dans son état d'avancement actuel, qui vous est proposé ci-dessous, dans un but de recherche, en accès gratuit:

Essai philosophique
„Sens et distance“

Pour lire le contenu de l'essai, cliquez sur les livres figurés ci-dessus. Afin de lire une présentation de chacune de ses parties, voyez ci-dessous:


Partie I : Paradoxes

Dans cette étude, qui date de 1994, nous tentons d'éclairer le principe qu'au plan de la pensée non scientifique, mais nettement volontaire néanmoins, quelque distance entre les mots fait négliger d'en relier le sens, lorsque nul rappel de notion n'existe. Pour exposer cela, nous prenons un cas de traitement facile: celui des paradoxes du poème „Correspondances“ de Baudelaire. Ce texte offre l'avantage de présenter une forme logique minimale, avec très peu de rappels explicites de signification. Donc les circonstances sont favorables pour observer, arrivé en un point, l'effet de la distance sur l'oubli des mots antérieurs. D'abord, dans „Correspondances“ les paradoxes les plus importants sont faits avec des mots ayant une distance faible. Ensuite, les paradoxes qu'on pourrait imaginer avec des mots distants restent, pour tout le monde, sans force. Enfin, les paradoxes mutuellement compatibles, pour l'intuition, ne se renforcent les uns les autres, avec netteté, que lorsqu'ils ont peu d'autres mots entre eux. Pour mesurer ces faits, nous mettons au point une fraction avec 1 au numérateur et une série de nombres mesurant les risques courus, au dénominateur. Les résultats sont les quantités de vraisemblance des interprétations examinées, comme “tel jugement est un paradoxe” et “tels paradoxes se renforcent mutuellement”.

Partie II : Repérages de problèmes

Nous cherchons ici à généraliser les calculs de la recherche précédente. Les descriptions des difficultés de sens les plus fortes, trouvées dans „Correspondances“, les heurts, donnent une base de calcul pour la vraisemblance des descriptions des difficultés plus faibles: les gloses de problème. Le principe de la Partie I -celui d'une mathématique empirique- se retrouve dans la Partie II. Aux dés, si on cherche les chances de faire double-six du premier coup avec deux dés, il y a 1 événement visé réalisable parmi 36 possibles, ce qui fait 1/36 comme probabilité. Ici, avec la vraisemblance des interprétations, au lieu de chercher la probabilité (x/y), à savoir le nombre (x) d'événements visés parmi un nombre (y) d'événements tous également possibles, on cherche l'inverse de la masse des obstacles qui menacent de faire que l'événement visé n'arrive pas. En l'occurrence c'est la masse des obstacles qui menacent de rendre faux le jugement selon lequel l'auteur a voulu expressément telle liaison entre deux idées du texte. On est donc très loin du calcul des probabilités, proprement dit. On en donne une imitation, avec des bases très remaniées, qu'on trouve de façon empirique: d'après l'expérience qu'on a, sur des dizaines d'années, en explication de texte. Le ressort critique derrière cela est qu'on connaît beaucoup de cas où des interprètes ont assuré de façon aussi dogmatique que douteuse qu'un auteur avait pensé ceci ou cela. Pour ne pas les suivre aveuglément, nous évaluons les chances de chaque interprétation, dans un cadre très schématique, grâce à un rapport numérique de type 1/(1)(1)(1)(1) ou 1/(2)(2)(2)(2), ou grâce à une quantité intermédiaire, de ce genre, comme 1/(1)(2)(1)(2). Pour les problèmes en général, avec donc parmi eux certains qui sont mineurs, il faut être moins confiant encore, donc nous passons de quatre éléments au dénominateur à sept, ce qui fait dans le langage choisi 1/(q)(e)(p)(f)(z)(g)(j) pour le cas général des gloses de problème, vu dans la Partie II, au lieu de 1/(t)(s)(m)(w) pour les heurts, étudiés dès le départ, dans la Partie I. Au sein de cette mathématique empirique, chacun des éléments, (q), (e), (p) et ainsi de suite, figure un obstacle. Si les obstacles se montrent considérables, on obtient notamment q=2, e=2, p=2, f=2, et donc l'interprétation aura une moindre valeur de vraisemblance. Egalement, dans le cadre du même calcul, nous évaluons les moyens de mieux cerner chaque sens difficile, grâce au calcul de vraisemblance relatif à ce que nous appelons les gloses d'atténuation. De même nous cherchons une estimation des vues prétendant porter sur de simples constats: les gloses neutres. Enfin, nous tentons de voir quelles quantités numériques permettent de traduire la vraisemblance des renforcements entre gloses. La logique suivie est la même que celle utilisée auparavant, dans la Partie I, pour trouver les chances qu'ont deux grands paradoxes de se renforcer mutuellement.

Partie III : Influences

En poétique, la partie de la linguistique occupée de la formation des textes d'imagination, il est intéressant d'étudier l'influence des mots extérieurs aux problèmes de signification, sur la formation de ceux-ci. Quand, au sein de „Correspondances“, le poème de Charles Baudelaire, on trouve un vif choc de sens, on a une liaison entre significations aussi embarrassante au plan de l'interprétation du texte que passionnante au plan du fonctionnement de l'esprit. Le commentaire linguistique ou poétique doit donc se pencher sur les conditions dans lesquelles se réalise cette mise en contact de deux images qui paraissent ne pas devoir aller ensemble. Certes, on peut attendre beaucoup de choses d'une poésie pour la rêverie personnelle ou collective, mais il est licite également de la prendre comme un exemple intéressant des agencements entre idées. De la sorte, on regarde les cas où la présence de mots, voisins de ceux amenant le choc entre les significations, paraît un des moteurs du sens problématique. La perspective de base sur la distance des mots reste ici la même qu'auparavant, et donc on cherche si, dans la mise en forme de Baudelaire, ce sont bien des mots très proches des difficultés qui influent le plus sur elles. Nous partons de la vraisemblance d'un choc de sens, en multipliant sa mesure de vraisemblance par celle de l'influence qu'il subit. Chacune des quantités est de la forme 1/(…) exactement à l'exemple de celles vues dans les parties précédentes de l'essai. Nous définissons une influence positive, qui favorise l'éclosion d'un problème, et une négative, qui empêche sa formation. Les façons de calculer sont différentes, puisque l'influence va dans un sens, ou dans le sens opposé, selon le cas. Nous procédons à des essais qui consistent largement à enlever, dans une imitation de „Correspondances“, le mot véhiculant le sens qui exerce l'influence, et chaque fois il faut comparer ce qui arrive au problème concerné, avec et sans le mot suspecté d'être décisif.

Partie IV : Analogies

Partant de la détermination antique de l'analogie, réalisée par Aristote, nous la comparons à l'égalité de fractions 2/3=4/6 et nous mettons au point une mesure des interprétations des phrases analogiques. En effet, l'exégète peut prétendre voir une analogie comme “la vieillesse est le soir de la vie” bien voilée dans un discours tortueux, alors que l'auteur n'y a pas pensé. Il s'agit donc toujours de déterminer le degré de confiance qu'on peut faire à ceux qui expliquent des textes d'imagination. La distance entre les mots est, là, encore très importante, puisque dans le cas où les mots de la prétendue analogie sont très loin les uns des autres, la vraisemblance 1/(…) devient faible. Nous parvenons à distinguer plusieurs types d'analogie, et nous les écrivons ainsi, d'après le modèle d'Empédocle, concernant la vie et le jour: (vieillesse-/vie-/soir-/journée), (vieillesse-/vie-/soir), (vieillesse-/soir), (vieillesse./soir). Enfin, pour chacun des ensembles ainsi distingués, on met au point une forme particulière de calcul, afin d'estimer la vraisemblance de leurs éléments, et tout particulièrement celle des exemples d'eux trouvés dans les textes.

Partie V : Devinettes

La présente analyse littéraire, usant de la même technique générale de mesure que dans les parties précédentes, avec des quantités de vraisemblance du type 1/(…)(…)(…)… permet d'étudier les figures de style comme “vous êtes un Homère” ou “que j'aime son cheval”. Ces très nombreux tours traditionnels de langue, voisins les uns des autres, ressemblent à des analogies ou à des transpositions affaiblies et détournées en devinettes faciles. Nous décrivons le détail de ces tournures, pour justifier de les ramener toutes à une seule catégorie. La détermination du degré de confiance à faire aux interprètes, qui prétendent deviner du sens caché, au sein des textes non scientifiques, est toujours l'objectif de cette analyse littéraire -le grand nombre des mesures de vraisemblance essayées venant juste de la multitude des cas qui se présentent.

Partie VI : Onomatopées

Les intrusions, au sein du langage ordinaire, d'onomatopées et de signes excessifs, comme avec les deux cas présents à l'intérieur de “elle est partie, crac !!!” forment l'objet d'une enquête nouvelle, donnant elle aussi naissance à des mesures de vraisemblance, qui ont encore comme but de contrôler si l'auteur d'un texte a réellement eu ce qu'on lui prête comme intention. Avec l'onomatopée et toutes les intrusions de type voisin, l'intérêt est de se trouver à la limite du matériel et du spirituel, puisque d'un côté l'irruption dans une phrase d'une sonorité peu linguistique sort du sens académique le mieux reconnu, tandis que de l'autre côté, il existe bien une sorte d'évocation quand même. La linguistique n'est pas uniquement curieuse du fonctionnement des vocables traditionnels, étant donné la diversité des ressources du langage, donc notre contribution prend finalement place dans le cadre général de l'étude de l'expression verbale, écrite ou parlée.

Partie VII : Interprétation

Dans cette recherche, datant de 2010, nous nous confrontons au fait qu'il est vexant de tourner à tout moment autour des lignes du poème „Correspondances“ sans jamais le suivre mot à mot dans son ensemble d'un seul coup. Donc nous comblons cette lacune, pour chercher si des recoins de sens ne nous auraient pas échappé jusque-là. Durant de nombreux paragraphes, les opérations suivent deux perspectives très différentes, qui alternent l'une avec l'autre. D'une part, nous partons en quête du sens d'ensemble le plus économique possible, donc le plus littéral et le moins inventif, par rapport à ce qui est dit ouvertement dans le poème. Dans la poursuite de cette signification de base, nous revenons, avec des définitions plus larges que dans la Partie I de l'essai, sur les obscurités de contenu, et cette fois en ajoutant la notion d'une solution, de sens minimum, à chaque grande difficulté. Ainsi, en partant des procédures très modestes des parties antérieures, où nous nous bornions à combiner des images uniquement trouvées dans le texte, nous élaborons maintenant un sens inventé, mais le plus fidèle possible à l'apparence originale des vers, parce juste conçu pour surmonter une crise, avec le minimum de suppositions. D'autre part, et c'est ici la seconde perspective annoncée plus haut, nous donnons du sonnet de Baudelaire deux interprétations -ne valant pas plus cher l'une que l'autre. Chacune ôte au lecteur l'idée que sa consœur pourrait être la seule bonne. Chacune est appliquée du premier au dernier vers. Chacune développe une seule idée audacieuse, mais éloignée de ce qui est directement lisible.

Partie VIII : Couples d'images dont l'une prépare l'autre

La huitième partie de "Sens et distance" concerne non plus la pensée nettement volontaire d'un auteur, réalisant une œuvre de longueur quelconque, mais sa rêverie ou pensée très rapide, portant sur un ouvrage fort bref, sorti de sa pensée. Le grand avantage, donné par ce dispositif, par rapport à ce qui a été vu précédemment, est que l'esprit de l'auteur peut être considéré comme parcourant sans aucune difficulté son propre texte dans tous les sens. Nous tirons de cette situation la conséquence de méthode que la vraisemblance d'une interprétation d'un passage du texte, unissant deux idées venant de lui, n'est plus jamais dépendante du nombre de mots importants qui séparent ces idées. En effet la pensée rêveuse ou extrêmement rapide unit avec aisance les images, d'un bout à l'autre d'un minuscule ouvrage. Il ne reste donc plus comme obstacles aux liaisons d'idées, que sont les interprétations du texte, que des difficultés de sens, celles de distance étant effacées.

Méthode philosophique


le “vérisimilisme”: une méthode, touchant aux bases du langage, pour évaluer numériquement la sûreté du rapport entre deux idées dans un texte où l'imagination, et non la rigueur, domine.

Nous pouvons appeler notre doctrine technique “le vérisimilisme”, “le calcul littéraire”, ou “une mathématique empirique des textes non scientifiques”. Il s'agit d'une technique et non d'une théorie. Une théorie est un ensemble de démonstrations rigoureuses portant sur le même objet, et formant comme un système, mais ouvert sur de nouvelles découvertes possibles. Une technique est un ensemble de savoirs sûrs, obtenus par tâtonnements, sur un même objet. Une technologie est l'application d'une théorie à la production ou modification d'objets matériels. Parmi les techniques, certaines, comme la fabrication d'outils en pierre, débouchent sur des objets matériels. D'autres, comme les beaux-arts, débouchent sur des objets qui suggèrent la question du beau et du laid, ce qui n'est pas très matériel. D'autres, comme l'écriture, donnent des objets dont se sert notre esprit, notamment pour la conservation des connaissances à travers les distances et les âges. Le vérisimilisme est une technique d'analyse des textes -oraux ou écrits- dans lesquels domine l'imagination, et où le contrôle par confrontation aux faits demeure très secondaire. Le vérisimilisme ressemble donc à l'écriture, puisque c'est une technique ne produisant pas directement des objets matériels, mais qui est utile pour la connaissance. Seulement, la différence avec l'écriture est qu'au lieu d'avoir été obtenu seulement par tâtonnement, le vérisimilisme provient de la dérivation d'une théorie vers un tâtonnement. La théorie est le calcul des probabilités, fondé par Stevin, Galilée, Fermat, Pascal, les Bernoulli, et Bayes. Nous ne parvenons pas à appliquer cette théorie aux interprétations des textes, alors nous en faisons une imitation empirique, qui n'est plus de la théorie, mais une technique philosophiquement fondée, ayant pour finalité d'enrichir la connaissance linguistique ou poétique, l'analyse littéraire, ou le commentaire des ouvrages écrits et oraux, obtenus principalement par l'imagination.

Vocables philosophiques

Il est impossible de définir rapidement les termes spéciaux employés par nous. On parlera donc ici juste à l'imagination du lecteur, un peu comme un physicien qui avancerait que le soleil “brûle” pour exprimer qu'une “combustion” a lieu en lui. De manière donc très grossière et approximative, un “heurt” est relatif à un paradoxe. Une “glose d'atténuation” situe un problème sans le résoudre. Une “clenche” est en relation à une influence exercée par le contexte sur la formation d'un paradoxe. Un “tartan” se rapporte à une analogie. Un “feutre” touche une tournure de style à forme de légère devinette. Un “reps” se relie à une onomatopée, à un excès de ponctuation ou à un type de jeu de mots. Une “gomme” concerne une liaison entre des sens. Pour la vraisemblance numériquement exprimée, la filière est celle du heurt; le gradient est celle de la glose; l'arpent est celle de la clenche; l'arche est celle du tartan; la grille est celle du feutre; la manse est celle du reps; et le module est celle de la gomme. Ces mises au point de base rendront service dans la compréhension des sept premières parties du livre. Le reste sera d'une approche facile, à partir de là, pour ceux ayant parcouru les étapes antérieures.

Courants philosophiques


La philosophie de la nature humaine de David Hume

Comme nous avons besoin de représenter la liaison entre les idées du poème „Correspondances“ de Charles Baudelaire, nous sommes conduit à réaliser une adaptation du principe de David Hume -philosophe qui osa imiter Newton de façon analogique- selon lequel plus il existe de distance entre les idées, moins elles sont associables. Au lieu de voir ce point, comme David Hume, dans l'esprit de chacun pensant à la nature ou à l'expérience, nous considérons la chose pour les idées exprimées dans le poème. Afin de tenir compte des liaisons logiques, nous admettons qu'elles réduisent au minimum la distance, faisant comme si les idées étaient exprimées au contact l'une de l'autre. «La Nature est un temple...L'homme y passe...» donne malgré la distance apparente de «Nature» et de «homme» une distance minimale Nature-homme grâce au lien logique «y passe». Dans un texte non démonstratif les sens des mots sont presque comme des masses dans l'espace, c'est-à-dire que plus ils sont loin, plus la mémoire oublie de les connecter, et donc moins ils s'attirent (ne parlons pas du carré de la distance: c'est trop précis). Plus un texte est démonstratif, plus les rappels de sens, du genre “le point numéro 1” ou “ce dont nous parlions plus haut”, sont fréquents, et la distance entre les sens des mots est annulée de ce fait. Donc cette situation n'est pas favorable à l'étude que nous donnons, laquelle ne vaut que pour les textes d'imagination. Pour ces derniers, c'est parfois très simple: plus les sens des mots sont proches, plus ils s'attirent. De surcroît les provocations d'un auteur, les paradoxes, les alliances de mots -de sens contraire- frappent davantage l'esprit que les significations ordinaires, et donc l'attirance des sens des mots est encore plus nette quand ils forment des paradoxes. Cette situation est au plus haut point propice à l'étude menée -le perroquet, à ce qu'on dit, est plus enclin à répéter un mot entendu avec accompagnement d'une forte émotion parce que ça se fixe mieux dans sa “mémoire”, et nous serions par un côté comme cela.

En nous imposant la lecture de la littérature sur la littérature, nous mettons sur pied une mesure de vraisemblance du sens posé comme original, pour tout texte d'imagination ayant fait l'objet de nombreuses recherches critiques au fil d'au moins un siècle environ. La partie de l'ouvrage "Sens et distance 1" prend l'exemple des interprétations possibles du poème de Baudelaire, analysant la façon dont s'attirent les sens des mots composant les paradoxes présentés, et la façon dont les paradoxes eux-mêmes ("Nature-temple", "vivants piliers", "encens-corrompus", "réponses entre couleurs, parfums et sons") renforcent mutuellement leur ancrage dans l'esprit ou la mémoire. "Sens et distance 2" généralise aux problèmes non paradoxaux ce qui a été vu avec la partie précédente. Deux genres de liens non mesurés auparavant pour leur vraisemblance sont maintenant considérés à cet égard. D'abord les constats neutres ou ce qui y ressemble le plus, comme les éléments d'un inventaire d'huissier. Par exemple «de longs échos qui de loin se confondent» est proche d'une série de constatations: “il existe des échos”; “certains sont longs”; “certains sont formés loin de l'auditeur”; “certains se confondent”. La deuxième catégorie de choses étudiées autrement qu'avant, c'est-à-dire métriquement désormais, est constituée par les relations qui peuvent servir à situer, dans le labyrinthe des idées générales, les paradoxes vus dans la partie précédente. Ainsi le paradoxe “encens corrompu” est rendu abordable par les liens "encens-sens" et "sensualité-corruption". Il est montré que cette fois encore, les sens des mots s'attirent bien plus dans les situations où ils ont une faible distance, temporelle si on écoute le poème, ou spatiale et temporelle si on le lit. Comme cette attirance est moins nette que pour les sens des mots formant des paradoxes, le dispositif de mesure est plus long, car l'attraction devient négligeable dans davantage de cas. La mesure réalisée pour la vraisemblance de ce que l'auteur a voulu dire se fait par 1/x=1/qepfzgj au lieu de se faire par 1/x=1/tsmw. Il y a donc trois filtres à réalité de plus, ou encore le 1 du numérateur a trois fois plus d'occasions de se diviser -par 2 notamment- en raison des nombreuses précautions à prendre dans l'acte de prêter à l'auteur une interprétation de son texte. "Sens et distance 3" étudie l'influence des mots qui paraissent secondaires, placés à côté de ceux qui font un paradoxe.

Ainsi «triomphants» qui est à côté de «corrompus» et de «encens» dans „Correspondances“ oblige à écarter le sens “chimique” de «corrompus» pour faire prévaloir le sens “moral”. On a déjà mesuré la vraisemblance que l'auteur ait voulu les paradoxes, et on mesure maintenant la vraisemblance qu'il ait voulu en favoriser l'existence par des mots, comme «triomphants», placés à côté de ceux qui les forment le plus immédiatement: «encens» et «corrompus» pour “encens corrompus”. Au passage, en changeant sans cesse le poème de Baudelaire, pour mieux comprendre les textes en général, nous repérons des faits comme le suivant, très frappant. Les deux paradoxes "Nature-temple" et "encens-corrompus" renforceraient mutuellement leur sens, par une action réciproque, dans “La Nature est un temple et les encens sont corrompus”. Mais si on enlève “encens”, et un pluriel pour obtenir “La Nature est un temple corrompu”, le paradoxe "Nature-temple" est affaibli par le paradoxe “temple corrompu” parce qu'un temple corrompu n'est plus tout à fait un temple, et qu'ainsi la relation du temple à la Nature est moins choquante. On dirait que “encens” protège le premier paradoxe de l'affadissement qui survient quand les deux paradoxes sont amalgamés. Comme il semble y avoir tout un ensemble de relations de ce genre à explorer, nous avons bon espoir que la méthode présentée sera féconde en ce qui concerne le pointage de tels faits précis. L'emprunt initialement fait aux principes de la philosophie de David Hume, sur la distance et le relâchement du contact entre les idées, aboutit donc à de nouveaux objets d'étude. Mais, tenu par d'autres tâches, celles devant être accomplies dans les Parties qui suivent actuellement la troisième, nous avons remis à beaucoup plus tard l'approfondissement de cette affaire.

Philosophie de Cournot : calcul et probabilités

Nous avons, pour servir de fondement à notre calcul empirique de vraisemblance, imité une idée philosophique d'Augustin Cournot, un philosophe de la pensée scientifique, ayant vécu de 1801 à 1877. Cette intuition remarquable d'Augustin Cournot consiste à se représenter la réalité essentielle qui se dégage au milieu des irrégularités dans les processus auxquels le calcul des probabilités est applicable. C'est la fameuse traînée centrale dense au milieu du nuage clairsemé de points disparates dans les diagrammes de probabilité et de statistique. Pourtant le philosophe mathématicien n'appliquait pas sa conception à l'étude des textes. Eloignons-nous de son époque, pour prendre l'exemple d'un sondage des années 1975-80 sur le cancer du poumon, utilisé pour faire voir des variations d'humeur et de régime alimentaire des patients. L'un prendra trop de café; l'autre trop d'alcool; le troisième ne mangera pas assez; le quatrième se nourrira trop au contraire; le cinquième sera sans cesse mélancolique; le sixième sera emporté; d'autres seront calmes. Pourtant au milieu de ce désordre, il apparaîtra une tendance principale car ils fumeront presque tous. On figurera les résultats isolés par des points à la périphérie du bloc principal des réponses. Le caractère majeur au contraire se représentera comme une traînée foncée exprimant la tendance générale. Laplace avait élaboré les probabilités en pensant que le hasard n'existe pas pour une pensée très puissante, mais qu'il existe pour celui qui ne connaît pas assez les lois de la nature -et de la société qui la continue, ajouterons-nous. Le calcul des probabilités est une détermination par nous d'un déterminisme dans les choses -avec même les choses de l'activité poétique, faut-il encore ajouter. Laplace avait raison “grosso modo” avec l'idée du hasard dû à notre ignorance, mais Cournot a insisté justement sur un détail de grande valeur: la différence entre l'impression de détermination et l'impression de hasard est simplement une affaire d'échelle. Nous dirons en tâchant de continuer sa pensée, et en commençant par le plan subjectif, que la perception des faits est organisée comme l'eau. Il y a la vapeur d'eau; l'eau liquide; la glace. C'est pareil pour la perception en cause. Il y a, 1°), l'inconnu allant dans tous les sens pour l'individu désemparé qui se réveille au milieu d'une action intense menée autour de lui par autrui; il y a, 2°), le hasard ou disposition des événements qui ne montrent leur détermination que présentés en grand nombre; et il y a, 3°), la détermination non hasard, comme dans la poussée d'Archimède pour le bateau qui se maintient à flot. Le lien est accentué par le fait qu'au départ, la flottaison du bateau n'est pas comprise. Au plan objectif maintenant, nous écartons en idée 1°), puis couplons 2°) et 3°) en supposant un dégradé entre les deux, mais sans imaginer une continuité “leibnizienne”, donc en nous contentant d'une gradation entre les positions par minuscules discontinuités. Qu'il y ait hasard, 2°), ou détermination, 3°), n'est qu'une affaire d'échelle. La détermination est juste le fait que les irrégularités disparates qui entourent la tendance centrale deviennent négligeables. Donc une intelligence absolue percevrait cette affaire d'échelle. L'utilisation déterminante du hasard repose de toute façon sur la “loi des grands nombres” ou le “théorème de Bernoulli”. Quand on regarde quelques lancers de pièce de monnaie, et qu'on a parié sur un résultat, on a l'impression que “pile” et “face” arrivent par chance ou malchance. Mais quand on voit mille lancers, on a l'impression de régularité avec ½ de “pile” environ, et ½ de “face” environ. Augustin Cournot pensait avec de telles idées connaître l'économie et il n'est pas tellement étonnant que la stylistique puisse être vue comme un nouveau territoire à conquérir de cette façon. La différence risque d'être que nous nous sommes permis un grand nombre de libertés avec les mathématiques -ce qui nuit sans doute fortement à l'essai- et que nous ignorons comment faire mieux.

Pour le contenu des textes, nous jugeons que les interprétations les plus fréquentes sont aussi les plus solides. Le sens le plus sûr auquel la critique peut atteindre finit par se dégager au fil du temps. Il a été filtré par des générations de critiques. Il constitue alors la tendance principale des commentaires et est dû au texte. Les sens fantaisistes supposés à la hâte, au contraire, paraissent des caprices disparates, au milieu desquels seul le sens principal demeure ferme, semblable à une traînée plus marquée au milieu d'un "nuage" de points dispersés. Pour "Correspondances", untel voit la «Nature» de Baudelaire comme une amante, l'autre la voit comme le faisaient les philosophes magiciens de la décadence alexandrine, le troisième se la représente comme une mauvaise belle-mère, le quatrième l'identifie à la voûte céleste, mais tous sont d'accord que c'est un paradoxe de la dire «un temple». Il faut alors imiter la théorie des probabilités en jouant sur des critères d'acceptation qui débouchent sur des valeurs numériques. Ce faisant nous procédons à de nombreuses adaptations empiriques du calcul, afin d'épouser le nouvel objet à traiter. Quand une signification est avérée, de par sa confirmation de critique en critique, nous la tenons pour celle voulue par l'auteur et nous lui accordons la vraisemblance maximale : 1/1. Puis nous cherchons la situation de chaque autre interprétation, tournant autour des mêmes mots du texte, sur une échelle allant de 1/1 aux valeurs négligeables <1/16. Comme le sens des mots est dur à traiter par un véritable calcul des probabilités, on introduit des modifications "ad hoc" en fonction des difficultés rencontrées, ce qui donne certes des mesures, mais dans le cadre d'une technique tâtonnante qui ne démontre pas au sens fort du mot. On évite alors dans l'exposé tous les termes comme “probabilité”, “science”, “hypothèse”, “démonstration", et on met juste “vraisemblance”, “savoir” ou “connaissance”, “supposition”, “explication”. Les vraisemblances sont bien un rapport 1/x comme en probabilités, mais 1/x est trouvé de façon très empirique et constamment avec le seul exemple de "Correspondances".

Les critères-mesures sont t, s, m, w dans 1/tsmw pour "Sens et distance 1". Ce sont q, e, p, f, z, g, j dans 1/qepfzgj pour "Sens et distance 2". Ce sont t*, s*, q*, e*, p*, f*, z*, g*, j* pour 1/t*s*q*e*p*f*z*g*j* pour "Sens et distance 3". Le filtrage des interprétations abusives est permis par ces mesures. On s'aperçoit que le résultat montre une grande faiblesse numérique pour toutes les interprétations “tirées par les cheveux”. La méthode nuira donc à ceux qui prétendent dégager d'un texte un sens inventé, comme le prestidigitateur le lapin du chapeau, après avoir fait un montage rhétorique et social ayant comme effet de provoquer l'illusion. On s'appuie au maximum sur l'histoire littéraire pour repérer comme telles les interprétations fantaisistes et les séparer des très rares idées simultanément bonnes et difficiles à trouver. L'ensemble des faits et des tâches se dessine peu à peu. L'auteur a voulu des paradoxes, il a mis en place des moyens de les percer, et aussi des moyens pour les stabiliser, par des micro-verrouillages de sens, grâce aux mots voisins de ceux des paradoxes en question. Les volontés supposées de l'auteur, ou les interprétations, finissent par être mesurées comme “très vraisemblables”, “peu vraisemblables”, “de vraisemblance négligeable”. Avouons-le, souvent la plus haute vraisemblance revient simplement aux idées trouvées immédiatement par le public du texte. Les centaines d'interprétations qui passent par le filtre des attaques des critiques, pendant un siècle ou plus, contiennent comme étant le meilleur ce qui revient sans arrêt, ce que personne n'arrive à chasser, parce que c'est vrai -«la vérité est index d'elle-même» à très long terme. Tout bonnement les exégètes ne peuvent s'en passer vu que ça vient du texte lui-même. Donc à partir du fouillis, du "nuage" des interprétations allant dans tous les sens, la tendance principale se dégage, faite des meilleures idées, qui sont les plus fidèles au texte, et qui sont celles dont les interprètes ont le plus besoin. On devient, en consultant la critique, le dépositaire du "nuage" des interprétations qui viennent maintenant habiter sa propre mémoire -et aussi, heureusement, on est le dépositaire de cette tendance principale qui traverse le "nuage". Alors un nouveau processus commence à cette nouvelle échelle et à un niveau supérieur. Quand on voit qu'on a sans arrêt besoin des mêmes critères pour départager les sens illusoires du sens principal, on en fait les moyens de mesurer la vraisemblance. C'est le processus de l'induction, l'un des plus fidèles producteurs d'idées substantielles avec la perception et la déduction.

Application: la littérature, étude de textes littéraires


L'intérêt des textes littéraires

Puisque «Correspondances» veut dire, selon de nombreux exégètes, “Analogies”, nous devions aborder, tôt ou tard, les tournures de style du même nom, fréquentes dans la littérature universelle. "Sens et distance 4" rejoint ainsi le traitement des problèmes de rhétorique, en étudiant quelques tropes importants, et parmi eux, pour rester dans le domaine le mieux connu, la comparaison et la métaphore. Les connaisseurs s'interrogent ordinairement sur les ressorts de ces figures, et nous abordons ce point en mettant à profit une observation rapide mais lumineuse de la "Poétique" d'Aristote, dont Vuillemin a souligné l'importance. Cela permet le développement de la supposition selon laquelle l'analogie mathématique, de modèle 2/3 = 4/6, semble la base logique d'une famille de quatre tropes, dont les types sont "la vieillesse pour la vie est le soir d'une journée", "la vieillesse est le soir de la vie", "la vieillesse est comme un soir", "la vieillesse est un soir". Tout en caractérisant cet ensemble par ses liens internes, on applique au nouvel objet la perspective centrale de l'essai, pour se demander si un auteur imaginatif quelconque, barde ou écrivain, gloire littéraire ou obscur conteur de la tradition orale, individu isolé ou porte-parole d'une collectivité, œuvrant pour la mythologie ou la poésie, a effectivement voulu livrer telle figure de style aperçue dans son texte par un interprète, ou si, au contraire, le critique l'a inventée en partant de trop peu de chose dans l'ouvrage considéré. Concevant, de l'un de ces extrêmes à l'autre, un dégradé leibnizien ou bernoullien, on met en place une mesure de la certitude quant à la présence, dans les textes d'imagination, des tournures appartenant à l'un des quatre genres d'analogie étudiés. Pour cela, une partie des moyens précédemment employés dans le tri progressif du vraisemblable et de l'invraisemblable est réutilisée.

"Sens et distance 5" examine des tournures voisines des précédentes, celles ayant notamment les types “j'aperçois une voile”, “il a visité tous les sceptres d'Europe”, “que j'aime son vélo”, "ils le feront disparaître", «Va, je ne te hais point.» La même idée sur la distance préside à ce nouveau développement. Considérons le texte “la société a besoin de vous, de caisses de résonance, d'instruments d'alerte, et n'oublions pas que dans un moment important de la crise générale des mœurs, lui aussi a joué son rôle, Baudelaire”. La figure “vous êtes un Baudelaire” sera moins vraisemblable qu'avec “la société a besoin de vous, Baudelaire lui aussi a joué son rôle”. En somme, dans tous les cas faisant ici les objets d'étude des Parties I, II, III, IV, V, VI et VII de l'essai, la mémoire remplace les liaisons codifiées bien connues dans les usages verbaux, quand elles manquent. Ainsi, pour deux mots que l'auteur a unis volontairement par une disposition grammaticale, comme «corrompus» et «encens» dans le poème, leur distance n'empêche pas leur rapport. Mais pour le reste, dans un texte d'imagination, deux idées sans liaison expresse doivent leur connexion au souvenir de la première quand la seconde est abordée. Il en suit que leur relation s'affaiblit avec leur distance. Les masses d'après Newton sont dans l'espace réciproquement attirées en fonction inverse du carré de leur distance. On imagine que dans certaines conditions et à l'intérieur d'un même texte, les significations s'attirent d'autant plus qu'elles sont proches, et d'autant moins qu'elles sont éloignées. Pour cela, il faut que la rédaction ne soit pas rigoureuse, ce qui explique que la méthode n'est intéressante que pour des textes d'imagination.

Choix de „Correspondances“ le poème de Baudelaire

Il nous faut adapter à notre démarche une conception inégalée bien que boiteuse, et tellement ordinaire qu'on l'attribue à un grand nombre de savants différents: la méthode expérimentale. En prenant appui sur elle, on fait passer des épreuves à tout critère numérique inventé par tâtonnement dans le seul but de mesurer une invraisemblance d'interprétation littéraire recherchée exprès ou connue de nous depuis un moment. Afin d'éviter que la synthèse provisoire des critères d'invraisemblance soit floue, on procède à de nouveaux essais avec eux tous pris cette fois ensemble, faisant varier diverses quantités de multiples aspects parmi ceux étudiés, pour compléter la mesure. Au bout de chaque démarche, il ne reste plus, afin d'obtnir la quantité de vraisemblance cherchée, qu'à prendre l'inverse de l'invraisemblance, donc l'inverse numérique du produit des critères d'invraisemblance. Comme les grandes œuvres ont survécu à leur adaptation scolaire, elles devraient autant résister à nos essais; et il ne faut pas faire valoir avec empressement que le mieux serait d'écrire le texte sans l'emprunter jamais, car le soupçon viendrait vite le frapper d'avoir été fourni juste pour la défense de l'analyse présentée, et donc en définitive, pour briller vainement.

Quant à nous, justement, les goûts et conseils de nos parents, ainsi que ceux de nos professeurs, nous ont très tôt orienté vers Baudelaire, "les Fleurs du mal", et „Correspondances“, de sorte que ce poème est depuis de très longues années un objet commode d'exercice mental, que nous avons à l'esprit fréquemment, pour éprouver ce que nous pensons en matière d'interprétation. C'est devenu ensuite comme un atelier portable de linguistique poétique, ouvert à tout moment, et même dans des situations où rien ne permet de noter quoi que ce soit comme idée.

Correspondances

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent,
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
-Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

Baudelaire

les Fleurs du mal


Condamnation du recueil

En 1857, le Second Empire de Napoléon III tient la France sous sa tutelle en apparence autocratique, mais la période fait se développer l'industrie, le système bancaire, les voies de communication, et cela par des hommes pour beaucoup profondément corrompus. Il est donc étonnant de voir que "les Fleurs du mal", le recueil de Baudelaire, où figure „Correspondances“ ait été condamné, peu après sa publication. C'est que la dictature doit ses soutiens aussi aux milieux les plus conservateurs au plan de la morale souhaitée pour les vastes populations. Or, le livre de Baudelaire, vendu à prix modique, contient des pièces jugées donner de mauvais exemples au bas peuple. La surveillance étroite des aspirations à des mœurs plus libres que celles des époques récentes accompagne donc le changement économique du pays. Nous ne dépasserons guère cette date de 1857, pour nos références aux textes de Baudelaire. Éventuellement, l'époque suivante peut devoir quelque chose à „Correspondances“, mais il serait cocasse de prendre comme source du poème des événements survenus après sa publication.

Détails historiques

Charles Baudelaire commence à faire publier "les Fleurs du mal" le 25 juin 1857. Le premier tirage, de 1300 exemplaires, est imprimé à Alençon. Dans un article du "Figaro", Gustave Bourdin, le 5 juillet 1857, reproche à Baudelaire son écriture et ce qui lui semble constituer les thèmes du recueil: «Il y a des moments où l'on doute de l'état mental de M. Baudelaire, il y en a où l'on n'en doute plus: -c'est, la plupart du temps, la répétition monotone et préméditée des mêmes choses, des mêmes pensées. L'odieux y côtoie l'ignoble; le repoussant s'y allie à l'infect…» Le 7 juillet, la direction de la Sûreté publique saisit le parquet pour «outrage à la morale publique» et pour «outrage à la morale religieuse». Le 20 août 1857 la Justice, via la 6e chambre correctionnelle, condamne Charles Baudelaire et son éditeur Poulet-Malassis respectivement à 300 et 200 francs d'amende pour «outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs», et à supprimer du recueil six poèmes -„Lesbos“, „Femmes damnées“ (LXXXI), „A celle qui est trop gaie“, „les Métamorphoses du vampire“, „les Bijoux“, „le Léthé“. Initialement treize poèmes étaient visés, mais finalement six ont été frappés.

Biographie de Charles Baudelaire


Naissance et enfance du poète en puissance

Charles Baudelaire est un poète français qui a vécu de 1821 à 1867. Son grand-père maternel était un soldat français qui avait servi l'Angleterre contre la Révolution Française. Sa fille, la mère du poète, est née dans la paroisse anglaise de Saint Pancras. Le père du poète était un ancien prêtre devenu très tôt précepteur dans la famille de Choiseul-Praslin, en quittant l'Eglise catholique, avant la Révolution. Ayant protégé les enfants mis sous sa garde, il reçut de ses employeurs illustres un exemplaire d'une monographie écrite en italien, „le Antichità di Ercolano esposte“, ouvrage en neuf volumes, des années 1757-1792, qui portait sur la part de culture ancienne préservée par l'éruption du Vésuve de 79. A soixante ans, cet amateur d'art épousa celle qui devait être la mère du poète. Ainsi l'enfant vécut entouré de meubles de style Louis XVI, de statues, de pastels et de gouaches. En famille ou entre amis, on parlait beaucoup d'esthétique, semble-t-il.

Adolescence et jeunesse du poète

Le père mourut en 1827 et la mère se remaria avec un officier, le chef de bataillon Aupick, en 1828. Pendant de nombreuses années le futur poète s'entendit fort bien avec son beau-père, et fit d'excellentes études classiques, juste troublées par son indiscipline occasionnelle, laquelle ne l'empêchait pas d'être un aigle en vers latins. Les choses se gâtèrent bien davantage quand il voulut prendre son indépendance financière. Le jeune homme dut accepter un voyage vers les Indes. Baudelaire interrompit son voyage forcé, mais garda un souvenir profond de ce que nous appelons la Réunion et Maurice, les îles de l'Océan Indien entrevues alors. Peu après son retour, jugé trop dépensier, il est doté en 1844 d'un conseil judiciaire qui est chargé de ne lui donner que parcimonieusement ce qui reste de sa part d'héritage paternel.

La poésie de Baudelaire

Charles Baudelaire passe un temps considérable dans les musées ou expositions et se livre à la critique d'art. Il fréquente, depuis quelques années déjà, au moins une prostituée, puis se met à vivre avec une maîtresse, et encore une autre. Signalons, en particulier une métisse, Jeanne Duval. Se jugeant très tôt malade de par Vénus, il se soigne avec des remèdes fort irritants et se calme par l'opium. Il participe à la révolution de 1848, malgré ou à cause de l'ambiance extrêmement conservatrice de son milieu d'origine, puis se désintéresse peu à peu de la question sociale. En revanche, il acquiert une solide réputation, parmi ses pairs, comme poète des chats. Il compose souvent aussi sur le thème de la ville, et sur celui de Paris en particulier. Baudelaire traduit Edgar Poe en français, et peu à peu compose les poèmes de ce qui deviendra son œuvre principale "les Fleurs du mal". Au long des années, il pense à d'autres titres, pour ce même recueil en cours de constitution : "les Limbes" et "les Lesbiennes". En 1857, lors de la parution du livre, un procès lui est fait, et il est condamné à une amende, mais aussi à ôter de l'ensemble plusieurs poésies estimées inconvenantes.

Correspondances - Les Fleurs du Mal

Nous laissons de côté le reste de la vie de Baudelaire, puisque „Correspondances“ a été publié en cette année 1857 et que la méthode historique la meilleure, et de ce fait interne à celle employée en poétique, interdit de juger par anachronismes. Qui oserait soutenir, en effet, que le Baudelaire de 1866 a influencé celui de 1857?

La réception par René Thom de „Sens et distance“


Lettre de René Thom publiée par l'IHÉS

Introduction

René Thom nourrit une ambition philosophique dans la branche des mathématiques où il excellait: celle des changements de forme. Il reçut en 1958 la médaille Fields, pour des trouvailles dans ce domaine. Il put alors, auréolé de ce succès, développer davantage sa pensée, en faisant des excursions hors de sa discipline de base. Notamment, la biologie et la linguistique l’ont intéressé. Il est pourtant resté fidèle à la question de la nature de la forme, qui était celle de ses ouvrages mathématiques. Comme c’est l’esprit humain qui pense les formes appréhendées dans le réel par lui, Thom se trouve amené à traiter la question des formes de l’esprit, en partant de celle des formes géométriques, et donc il devient directement philosophe, unissant en une même question deux objets. Il part des formes géométriques, donc plutôt de l’objet trouvable dans le monde. Il arrive aux formes de l’esprit, donc s’occupe plutôt de la pensée qui pense ce monde.

L’enchevêtrement des déterminations sociales a fait que mes parents étaient liés au grand mathématicien, par le biais de la paroisse protestante de Palaiseau. J’ai donc été facilement mis en contact avec lui à propos de la première partie de "Sens et distance". On pourra consulter ici la lettre -laquelle du reste je n’approuve ou ne comprends pas entièrement- qu'il m'envoya à cette occasion, lettre que la direction de l'IHÉS a publiée en 2003 dans les œuvres complètes du savant.

Michel Magnen


Lettre de René Thom

Bures-sur-Yvette, le 21 décembre 1994

Monsieur Michel Magnen

Cher Monsieur,

Votre envoi «Sens et Distance» -dont je suis loin d’avoir assimilé toutes les richesses- m’a passionné. Disons tout de suite, pour vous rassurer, que je n’y ai pas relevé de faute grossière. Mais je suis loin d’avoir maîtrisé toutes les notions d’une terminologie luxuriante. Je n’ai rien d’un logicien, et je ne suis pas assuré de la parfaite cohérence de vos évaluations numériques. Ce qui m’a réellement attiré dans votre œuvre, c’est cet effort d’envisager un «espace des signifiés» où l’on pourrait définir une distance d(p, q) entre deux signifiés (p) et (q). En soi, ce projet n’est nullement déraisonnable. Je ne sais plus quel philosophe analytique (N.Quine?) a observé que pour toute expression phonétiquement correcte d’une langue (F) (telle en français, Abracadabra), on peut trouver un contexte où elle fait sens. (Par exemple, si Abracadabra est le mot de passe pour entrer dans une citadelle.) Dès lors la distinction saussurienne entre signifiant et signifié perd beaucoup de son importance. On devrait plutôt dire, que pour tout signifié en usage dans une langue, il y a un ensemble fini de contextes «génériques» où chaque contexte engendre un sens spécifique. Et le sens est d’autant plus usuel que l’ensemble des contextes associés est plus gros, demande moins de préparation, a plus faible codimension dans cet espace fonctionnel des contextes. On peut même croire que pour une expression usuelle, l’ensemble des contextes associés forme un ensemble relativement épais dans l’espace général des contextes (qui hérite de la spatialité spatio-temporelle une topologie). En ce sens votre tentative de définir numériquement une distance d(a, b) entre deux signifiés (a, b) apparaît comme raisonnable, on peut peut-être espérer y vérifier l’inégalité du triangle d(a, c) < d(a, b) + d(b, c), ce serait le cas pour la distance définie par le nombre des «cases». De toute manière, vos évaluations de distance sémantique ne peuvent prétendre qu’à une validité «qualitative» (dans le sens de la maxime de Rutherford: «Qualitative is nothing but poor quantitative...». Ce ne sont pas des lois physiques! Allons un peu plus loin dans votre Analyse du «poétique». Un poète que j’ai connu m’a dit qu’à son avis, on doit distinguer la poésie du «poétique». Alors qu’en général le poétique se traduit, se conserve de langue en langue -comparer le texte de la Genèse en français, en allemand, en anglais...- , la poésie, elle, est en général intraduisible d’une langue à l’autre. Je ne sais pas si vous approuveriez cette distinction: qu’en pensez-vous? En réfléchissant à votre méthode d’analyse, je me suis souvenu d’un étonnant passage d’Aristote: Au début du De Generatione Animalium (G.A., 734 a, 15-20), Aristote évoque un poème orphique où il est dit que la formation d’un embryon est semblable à la confection d’un filet de pêcheur. Cette métaphore, transposée à votre cas, dirait que le poème se constitue dans l’esprit du poète -ou de son lecteur- comme l’embryon au sein de sa mère. En usant de l’analogie du poème orphique (malheureusement inconnu!) j’aimerais ainsi visualiser votre tentative: Le poème est en principe un texte (j’écarte ainsi quelques tentatives (post)-modernes, que je préfère ne pas qualifier). Il comporte donc des mots chargés de sens liés par des relations grammaticales. Ces relations constituent un grand graphe (à la Tesnière) (G) dont les arêtes sont constituées par ces «valences» extrêmement solides que sont les liens syntaxiques. C’est le squelette de base qui va constituer la «trame» du filet, c’est votre «butoir» (?). Puis apparaissent les liens phonologiques formés par les allitérations, de vers à vers, ou internes à un vers. Là il semble que ce soit un phénomène ondulatoire de résonance qu’il faille invoquer: une identification entre un son d’un phonème et un harmonique d’un autre phonème allié. Enfin, sur la fabrique: trame et chaîne du filet ainsi constitué, on ajoutera les résonances sémantiques suscitées par l’intelligence (totale ou partielle) entre des fragments de vers, longs fils de liaison (fils de «duite») du tissu. La fabrique constituée par la chaîne et la trame serait du domaine du poétique, y rajouter l’effet issu de la confluence des premières résonances avec les résonances poétiques entre significations serait le domaine de la poésie proprement dite (cf. «La vitre aux veines de pensée», P. Eluard.) Je verrais volontiers le poisson prisonnier du filet, comme un «attracteur» d’une dynamique issue par résonance de cette triple origine. Votre méthode d’analyse consiste à distendre par déformation un nœud du filet: on perturbe une association (u, v), en remplaçant (v) par v_ et évaluant la «stabilité» de (u, v_). En général l’effet de résonance faiblit. On conçoit qu’ayant démantibulé suffisamment de nœuds, vous constatez que finalement le filet est vide, et que toute vie, toute poésie s’en est échappée. Tel est le triste sort de toute technique réductionniste, en Poétique comme en Biologie (expérimentale). En ce sens, «Sens et Distance» est indiscutablement une œuvre scientifique, presque un protocole de Laboratoire. Je veux espérer que les techniciens des sciences dures (Physique et Biologie) sauront reconnaître sa nature, et qu’au moins certains seront sensibles à l’esprit étrange et puissant qui l’anime. Et que les techniciens en Poésie sauront apprécier les mérites de l’effort que vous avez fait pour identifier, en ce domaine, les sources de la Beauté...

René Thom

Professeur émérite à l’I.H.É.S.

En me rappelant aux bons souvenirs de vos parents

Retranscription de lettre extraite des œuvres complètes de René Thom parues en 2003 à l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques (IHÉS) sur support CD-ROM dans la section Correspondance de l’année 1994: "- Lettre à M. Magnen, 21/12/94."

Les Editeurs de la Revue Internet LALIF

La revue en ligne LALIF fait le bilan des contributions actuelles aux connaissances linguistiques, dans le domaine du français et des langues apparentées. Elle a pris naissance au sein de l’Université de Toulouse II-Le-Mirail.

Les éditeurs de la revue nous ont offert de publier la première partie de „Sens et distance“ dans le numéro du 10 janvier 2002: Publication-Michel Magnen. L'année suivante, ils ont aussi accepté d'insérer un encart à propos de notre essai dans un autre numéro: Post-publication-Michel Magnen.

Définition et introduction à la Philosophie


Définition de la Philosophie

Le mot «philosophie», et celui dont lui-même vient, ainsi que ses équivalents dans les diverses langues, ont eu, selon les époques, auteurs et contextes, des sens qui allaient de «sagesse complète, simultanément théorique et pratique», jusqu'à «recherche». Largement dans la continuité de ces acceptions, nous concevons aujourd'hui la philosophie comme à la fois une tentative de synthèse des résultats obtenus par les sciences démonstratives, une recherche dans les domaines de la connaissance que ces mêmes sciences ne couvrent pas -ou pas encore- et une discussion des bases de la réalité, ainsi que de la pensée qui l'envisage, pour les connaissances, les choses constatées, les fabrications, actions et intentions. Elle énonce le savoir actuel des fondements de toutes les diciplines, et accueille le débat sur eux. Si le beau est ce qui est pris comme modèle, on doit se demander comment une démonstration ou une figure géométrique dite "belle" donne le modèle de l'activité géométrique, et cela fait débat. On trouvera facilement d'autres exemples pour donner corps à la définition ici proposée de la discipline en cause. Il faut que le philosophe ait obtenu, au cours de ses études ou par ses fréquentations, le bagage des savoirs de base déjà acquis, de même qu'il doit être au courant des thèses rivales les concernant, et enfin qu'il participe, pour le moins subjectivement, à la discussion là-dessus, au moyen de quelque méditation. Par exemple, la géométrie construit un triangle avec trois sommets qui sont des points, et la philosophie va se demander si les points existent dans la nature, ou si ce sont des imaginations venues de l'être humain pour comprendre la nature. Les physiciens, chimistes et biologistes font des expériences, pour dégager des relations de cause à effet entre des phénomènes, et les philosophes examinent s'il peut y avoir un fait sans cause. La technique réussit quasi à coup sûr des productions, et la philosophie voudrait savoir si la vérité c'est ce qui réussit -et quand. Le linguiste étudie une ou plusieurs langues, mais en plus, le philosophe se demande pourquoi en français, quand on veut désigner un grand cours d'eau, on peut dire selon les cas “fleuve” ou “rivière”, alors qu'en anglais on dit seulement “river”. Bref, un propos est philosophique lorsqu'il touche aux principes du savoir général ou à ceux de telle connaissance particulière, ou encore aux énoncés portant sur les éléments supposés de l'univers, dont les aspects sont décrits par tel ou tel savoir. La proposition, d'abord rendue publique par Prout, d'après laquelle tous les corps du monde sont faits des mêmes choses que l'hydrogène est une idée philosophique parce qu'elle touche aux fondements de la notion de corps et aux bases de celle d'univers, même si un chimiste ou un physicien peut en voir plus aisément l'intérêt qu'un spécialiste d'une autre branche de la connaissance. Parmi les grandes questions philosophiques, insistons sur certaines qui sont propres à mener chacun vers celles situées au principe de l'essai ici présenté, en partant de généralités concernant tout ce que nous avons comme fabrications, actions, intentions et connaissances: 1°) “Comment et pourquoi notre culture, historiquement situable, conduit-elle notre subjectivité tantôt vers les faits, tantôt vers la rêverie?” 2°) “La subjectivité peut-elle être autre chose que de l'objectivité partielle?” Quoi que nous fassions ou pensions, la réalité est partout. Quand des rails sortent d'une usine, il est certain qu'il y a une élaboration humaine, mais le fer a été pris dans le sol. Quand nous regardons le soleil, aujourd'hui, nous ne le voyons plus comme un astre qui tourne autour de la terre. La pensée collective a changé, de sorte qu'individuellement nous ne percevons plus, d'emblée, l'objet de la même façon que la plupart de nos ancêtres lointains. Mais qui niera l'existence des astres ? Une fois cela entendu, observons qu'en français nous voyons le soleil plutôt comme masculin: “le soleil”. En allemand, on le voit plutôt comme féminin: “die Sonne”. Une question à se poser est donc celle-ci: “en plus des éléments de compréhension venus de la science, nous distinguant des gens de certaines époques et de quantité d'autres sociétés, sont-ce aussi des parts de rêverie différentes, acceptées comme représentations générales en diverses cultures, mais ignorées ou mises à l'écart en d'autres, qui font le contraste entre notre conception du soleil et celle de maintes pensées collectives, antérieures à la nôtre, ou distinctes d'elle aujourd'hui?”

Philosophie et interprétation des textes

Maintenant, tournons-nous davantage encore vers les textes. Quand nous interprétons un texte, le problème est de savoir si le texte dit bien ce que nous comprenons en lui. Ainsi, vient en avant la difficulté concernant la vraisemblance de toute interprétation que nous donnons d'un ouvrage: “quel est le sens de cet ouvrage, tel que l'auteur l'a livré au jour de sa publication?” Nous risquons de prendre le sens qu'en procure un interprète très imprudent pour le sens réel d'origine. On remarquera que cette question est particulière, vis-à-vis de l'optique donnée plus haut, car il existe deux sujets pensants ici, l'auteur et l'interprète, alors que pour le soleil, on avait juste l'objet et un seul sujet pensant: l'interprète. Mais on peut assimiler l'auteur et le texte comme un même objet, pour se retrouver dans la position d'examiner à nouveau l'objet vis-à-vis de l'interprète. Nous avons au départ à traiter la question suivante: “quelle est la vraisemblance que l'auteur voulait réellement dire ce que nous comprenons dans son texte?” C'est la matière du début de notre essai.

Présentation de Michel Magnen

Vous souhaitez contacter l'auteur ? Contacter Michel Magnen

Vous pouvez également envoyer un email à m.a.magnen(at)gmail.com et accéder au profil Google Plus de +Michel Magnen

Contacter Michel Magnen