Il est possible, maintenant que nous avons parcouru avec attention le poème de Baudelaire, de chercher si le poète a préparé, au moins rapidement ou de façon rêveuse, une image au moyen d'une autre. Pour établir de tels faits, nous distinguons deux niveaux, à l'intérieur du sens d'un texte d'imagination: le billard et le banc. Le premier constitue le plan du sens que le créateur a désiré voir au sein de l'ouvrage. Le banc apparaît quand le créateur a voulu, au minimum un bref instant ou de façon rêveuse, ne pas gêner l'interprétation d'après laquelle, pour deux images, l'une prépare l'autre. Le banc peut employer du sens de billard, pour s'aventurer plus avant, mais il ne recèle, comme le billard lui- même, aucune illustration dépourvue de butoir. Le caractère difficile à saisir du banc nous mène à l'idée que, vis-à-vis de lui, éventuellement, l'auteur a voulu se faire comprendre non de tout le public, mais d'une partie seulement. Nous tenterons de mesurer le degré de vraisemblance de quelques-uns parmi les jugements de banc et il nous faudra être ainsi capable d'une présentation du sens plus fine que celle fournie dans les paragraphes de l'essai qui ont précédé, puisque jusqu'ici nous obéissions au principe, noté dans la remarque 346M, d'après lequel il est impossible de voir comme divisé, le public.
Le créateur, comme être humain, a pu vouloir préparer une idée par une autre. Les hommes poursuivent des fins et, inversement, quelles que soient les vaines images auxquelles en restent les penseurs finalistes, les choses irréfléchies, même prises en masse, ne visent aucun but [30]-[102]-[171]-[172]-[481]-[925]- [926]-[927]. Le préjugé contraire nuit à toute saisie correcte de la mécanique universelle, comme Spinoza l'explique [926]: «…cette doctrine finaliste met la Nature à l'envers. Car ce qui, en réalité, est cause, elle le considère comme effet, et inversement.» Le philosophe d'Amsterdam cherche à faire voir comment les penseurs égarés, à vaine prétention de savoir, distordent le meilleur des reflets que nous ayons du monde [927]: «Si, par exemple, une pierre est tombée d'un toit sur la tête de quelqu'un et l'a tué, ils démontreront que la pierre est tombée pour tuer l'homme…» Quant aux buts que se proposent les hommes, la seule réserve à faire dessus est qu'ils apparaissent quelquefois comme subjectifs, de sorte que le résultat obtenu historiquement diffère beaucoup de ce qui était désiré par le sujet réfléchissant. La chose vient de ce que le penseur individuel connaît mal ses pareils et le cadre où il applique sa volonté [892]-[893]-[894]- [895]-[896]-[897]-[898].
Au plan du billard, il est certain que Baudelaire a voulu faire penser à un culte, puisque «La Nature est un temple…» inclut cette signification. En revanche il faut recourir au banc, pour affirmer que «La Nature est un temple…» prépare «Il est des parfums…Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.»